C’est le soir de Noël, un TGV est immobilisé en pleine nature quelque part entre Paris et Bordeaux. A l’intérieur, parmi les voyageurs, 8 personnages. 8 vies qui vont s’entrechoquer dans le rire et les larmes.

Cette année, Carnages s’associe avec la compagnie de la Roulotte pour produire une pièce de théâtre. Ca s’appelle « Tout vient à point… », c’est écrit par Nicolas Albrespy. Et j’ai l’immense joie de la mettre en scène.

Mais vous me direz pourquoi faire du théâtre, alors que vous avez le cinémaaaaa ?

Le coup dur de la première première

Mais parce que le théâtre c’est une aventure vivante complètement folle. Tenez, par exemple, il nous est arrivé un truc totalement pas banal :

On bossait sur cette pièce depuis Septembre, tous les jeudi. Tranquillement, au fil de l’année on a construit ce spectacle avec sérieux et impatience. Et puis le jour de la première arrive. On réussit à remplir la salle avec plus de 70 personnes. L’ambiance est électrique. On est en feu. Les comédiens sont tendus, ils ont hâte, mais ils ont peur. La peur, le trac, c’est bien. Mais là c’est trop. Si bien que lorsqu’ils démarrent, tout va beaucoup trop vite. Pour ma première première en tant que metteur en scène, je me ronge les ongles, ils sont trop nerveux. Je le vois. Bizarrement, ils jouent presque à la perfection. De toute l’année, ils n’ont jamais joué comme ça. C’est juste qu’ils vont bien trop vite.
Assis à côté de l’auteur, je le regarde inquiet. Lui aussi stresse énormément.
La scène 5 arrive (au bout de 20 minutes). JP et Léo les 2 comédiens ont un énorme bug de texte. Ils zappent tout un passage de la scène, et finissent par enchaîner sur un morceaux de texte d’une scène qui est censé arriver bien plus tard. L’auteur et moi sommes blêmes. J’ose à peine imaginer leur état mental à eux. « Qu’est ce qui est en train de se passer là? ». JP sort de scène tant bien que mal. La scène 6 s’apprête à démarrer. Et la PAF, un bruit sourd. Sur scène tout le monde s’arrête.
On comprend que c’est grave. L’auteur et moi nous ruons sur scène. JP est tombé dans les pommes, tête la première sur un banc dans les coulisses, victime d’un malaise.

Rideau. Fin de la première.

Remonter la pente. Remonter sur scène.

Heureusement plus de peur de que mal, je vous rassure. JP va bien. Il est sonné, K.O. Mais impossible de reprendre évidemment. Le public a une réaction formidable, s’inquiétant d’abord de sa santé et promettant de revenir pour la deuxième première le jeudi suivant.

Commence alors une semaine terrible. Car oui, nous rejouons le jeudi suivant. Et pendant 7 jours, c’est l’angoisse de se planter à nouveau. Le comédien qui a chuté est touché moralement, le reste de la troupe aussi. Quant à moi, je commence à me demander si je n’ai pas oublié quelque-chose dans leur préparation, je me sens fautif et démuni face à la nécessité de rassurer tout le monde. Je ne sais pas comment faire. Pendant un instant, je suis totalement largué. Mais il y a cette envie de ne pas rester la dessus. Alors progressivement, et avec beaucoup de difficulté, la troupe remonte la pente et se prépare à remonter sur scène. Et elle le fait.
Le jeudi suivant, devant 110 personnes, ils remontent sur scène. Tendus, certes, mais déterminés, et en groupe. Et c’est un triomphe. Les comédiens se font plaisir, jouent avec les rires nombreux, et déclenchent des applaudissements en plein milieu de représentation. C’est du délire. Quand le rideau se ferme à la fin, je les rejoint en coulisse et nous laissons éclater notre joie comme si nous avions remporté la finale de la coupe du monde par 12 buts à 0.

Et c’est pour ces moments là, qu’on fait du théâtre.

 

Profitez-en pour venir nous voir. Nous jouons encore une fois le 28 mai 2019 à Bordeaux. Les réservations sont ouvertes.