« Blondie Maxwell ne perd jamais » parle des travailleurs précaires…. Les Freelances, les auto-entrepreneurs, les pigistes…

Le modèle de demain

Quand vous commandez un VTC ou une pizza sur une appli c’est un travailleur indépendant qui prend en charge votre commande. Ce n’est pas un salarié, c’est une micro-entreprise. Il n’a pas de congés payés, pas d’assurance chômage – s’il arrête de bosser, il ne touche pas d’indemnité – il a des horaires de merde et il gagne une misère.
Ca marche aussi avec tout un tas de professions : les graphistes, les développeurs, les architectes, les rédacteurs, les traducteurs, les journalistes…

Ca c’est le modèle du travail de demain. Quand on vous vend la startup nation c’est ça qu’on vous vend. Un monde où chacun est une entreprise, et ou chaque entreprise est libérée du poids de sa masse salariale et des charges sociales.
Les « employés » deviennent des « prestataires ».
Les « employeurs » deviennent des « clients ».

Et dans ce monde « le client est roi ».

Le client est roi

Je claque des doigts et demain tu n’es plus là

Imaginez-vous à la table d’un restaurant. Vous êtes mal lunés. Vous attendez votre plat depuis un quart d’heure. Il arrive enfin. Un peu froid peut-être. Vous tapez un scandale. « Mais qu’est ce que c’est que ce service ? C’est lamentable. Je ne remettrai jamais les pieds dans cet établissement misérable. Et j’en profiterai pour vous faire de la publicité de merde, ah ça, croyez-moi ! ». Vous ressortez en bombant le torse, fort d’un sentiment de puissance considérable. Après tout « le client est roi ».
On a tous fait ça, au moins une fois, au restaurant, chez le coiffeur, avec notre opérateur internet, au guichet de la gare, à la poste, avec un taxi, un livreur de colis… On s’est tous au moins une fois senti grisé par ce « pouvoir » du consommateur, véritable enfant pourri-gâté, qui punit le commerçant incapable d’assouvir correctement son besoin immédiat.
Le travailleur précaire, lui, vit avec la menace de ce chantage en permanence. Oh ce n’est pas toujours explicite. Beaucoup de clients sont très corrects. Mais c’est totalement implicite. Car l’indépendant sait que s’il ne remplit pas les désirs de son client… le client ira voir ailleurs. Et les désirs d’un client peuvent aller très loin.

Je me souviens très bien d’une phrase qu’on m’a un jour asséné alors que je bossais en freelance pour un grand groupe. Le responsable du « client » me demandait de doubler mon volume horaire, ce qui m’obligeait à renoncer à d’autres projets, et à une bonne dose de vie privée. J’ai protesté. Voilà ce qu’on m’a rétorqué :
« – Tu sais Julien tu es Freelance, pas salarié. Si tu n’es pas content il me suffit de te remplacer. Je claque des doigts et demain tu n’es plus là ».

Cela avait, au moins, le mérite d’être clair.

« Le client est roi ».

Libre de quoi ?

Vous me rétorquerez que les indépendants sont libres. Libres de ne pas accepter une mission qui ne leur convient pas. Libres de choisir leurs clients. Libres de partir. Pour la grande majorité des travailleurs précaires, le choix n’existe pas. On prend le travail qui est là. On subsiste. On survit avec les miettes. On vit au mois le mois, parfois au jour le jour. Si on s’arrête… on n’a plus rien. On crève.
Alors progressivement les convictions s’effacent derrière les nécessités vitales. On accepte des conditions de plus en plus dures, des prix de plus en plus bas. On se compromet. On est plus libre du tout.

Mon film explore un monde où ce modèle est devenu la norme. Tout le monde est freelance. Tout le monde est soumis à la loi de la concurrence, et donc plus personne n’est libre.

A bientôt !
Julien Ivanowich